04 mars 2008

Elle avait le soleil dans les yeux

Je crois que quelque part, nous avions toujours vécu près de la mer. Pourtant, depuis ce jour, le murmure des vagues résonne un peu plus profondément.

Je me souviens encore. Surplombant la grève, humide des flots qui s'y reposaient quelques secondes, avant de repartir, happés par la houle, nous nous perdions un peu dans les plis de l'horizon. Quelques heures passées à écouter les nuages nous gronder de leurs gouttes qui s'écrasaient puissamment sur nos os, et voilà qu'une lueur perla, à l'autre extrémité de notre plage. Légère, minuscule, entre l'écume et nos cils trempés, mais rayonnant, doucement, d'une tiédeur qui parcourait les secondes pour se poser, juste là, près de nous.

Ce fut dans le silence tourmenté de nos maux, perdus dans la contemplation sauvage des vagues, que s'ancre pour la première fois son étoile à ma mémoire. Il devait y avoir là, entre les lambeaux de pluies, un peu de sa lumière mouillée sur la jetée; et l'écho de ces jours gris la reflétait dans l'eau salée. Je crois que, nos regards noyés dans l'océan, c'est ce reflet qui frappa en premier nos sourires. Un reflet doré qui ne venait pas du ciel depuis longtemps vidé, mais d'une silhouette qui paisible s'avançait à l'orée de nos pensées.

Elle s'approchait calmement, caressant les contours de la marée qui criait juste à sa gauche, vers nous, qui n'avions pas esquissé le moindre mouvement. Je me souviens encore de cet éclair de soleil perforant l'orage. Ou peut être simplement nos coeurs. Elle avait souri, de cette joie de petite fille qui semble offrir le ciel et les étoiles, nous avait pris par la main, simplement d'un regard, délicatement orné d'une teinte de mélancolie. Ilôt de douceur lorsque déferlait la colère de la foudre à quelques secondes de là.

Je crois que ce fut à cet instant que mes yeux croisèrent les reflets des siens, pour y perdre à jamais un morceau de leurs bleus.

Je me souviens de la chanson sur ses lèvres, du tremblement de sa voix, et de ses pieds nus sur le sable.

Elle avait des vagues dans le regard, des vagues si pleines d'hier, si pleines d'hiver, que ma paume avait frissonné sous le grain de la tienne. Pourtant, l'éclat dans son sourire semblait dire qu'il lui restait des rêves pour tous les jours d'après, pour tous les lendemains, qu'il n'y aurait plus de peine, seulement des jours d'été. La mélodie de son sourire n'avait pas de mystère, elle murmurait doucement jusqu'à nos âmes étourdies. Ses cheveux portaient l'éclat majestueux du bruit des rayons du soleil et avaient éveillé des rires que nous avions oubliés. Ou peut être les dessinait-elle, du tracé de son doigt...
Nous la suivions, transportés en silence par les esquisses fantômes de ses pas sur le sol. Elle dessinait sans crainte, du bout de ses regards, des morceaux de poèmes aux allures d'un ailleurs. J'aurais donné mes jours pour entr'apercevoir les routes à l'échappée, sur lesquelles elle tissait, habile de ses rêves, ses bonheurs en bout de ficelle...

Nous continuerons toujours un peu à vivre près de la mer, je crois. Pour que ses sourires et les phares, qui se cachent au creux de ses yeux, nous restent à portée de coeur, pour que nos larmes sèchent sous son ciel d'eau clair...

Un jour, Emily, nous marcherons à tes côtés, sur la jetée, pour te murmurer 'merci' entre deux vagues.

(Claire/Yann)

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