Bords de plages

12 mars 2008

Sous les battements du coeur

Écouter le battement sourd
D’un cœur
Creux
Contre lequel se jette la pluie
Frapper sa peau tendue
Qu’elle résonne
Le long des tubes artères,
Qu’elle comprime la poitrine
De ses échos

Écouter s'empreindre l'orage
Sur l'âme
Le laisser résonner,
S'étendre, se feindre,
Jusque sous la peau.
Écho.
La percussion sourde,
Martellement irrégulier
De larmes
Sur les carreaux de pluie.

Sentir se creuser les courses
Des gouttes
Sur les parois ruisselantes
Et trembler
Jusqu’au plus profond
De cette cavité
Gorgée des vibrations du tonnerre
Qui se dessine dans les angles
De sourires tristes

Sentir vaciller, un instant
Au bord du gouffre
La chute en dessous l'eau,
Profonde
D'un coffre de percussion.
Puis s'ouvrir au souffle lointain,
S'espacent doucement
Les cris du tambour
Au bruit d'un courant d'air

Dilater ses poumons
Inspirer pleinement l’air humide
D’après la pluie
Gonfler
Gonfler le creux du cœur
Du vent qui s’expulse
Et gicle dans les yeux
Des nuages
Pour que se lève au ciel
Une tempête de soleil

Ouvrir le regard aux bourrasques
Du vent délacé
Vers les voiles trop pleines
Étourdies,
Déportées.
Étendre ses deux bras
Au devant du soleil
Battre son cœur au rythme retrouvé,
Cadence sans contrainte
D'un sourire mouillé.

(Claire / Yann)

Posté par Soupirs à 19:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


09 mars 2008

Vous ne pleurerez pas

Vous ne pleurerez pas
Lorsque je mourrai dans les yeux de l’hiver
Sous la cape grise qui couve Paris
Lorsque des brins de terre glisseront
Sur un coin de lèvres
Près de vos sourires de nuit blanche

Vous ne pleurerez pas
Au creux du silence des pins
Qui ne savent qu’écouter
Entre trois fleurs et quelques vous

Je veux entendre claquer
Les braises d’une cigarette
Que s’avalent ses fumées froides
Je veux qu’un rire d’enfant ricoche
Entre les pierres muettes
Que le soleil soit pâle comme une lune
Lui, et son écharpe de nuages
Dont les gouttes crissent et roulent
Un peu plus bas

La Seine aussi s’évade sans un pleur
L’oubli peut bien se graver sur un fragment de côte
Celle qui mène au cœur
Et mes poches percées
Ne veulent pas emporter
Votre bonheur

Vous partirez sans hâte
Vers les bras des lendemains
Quand je m’effacerai au coin d’une ruelle
Les pieds trainant dans ces flaques mortes
Quelques accords posés sur les épaules
Quelques lumières au fond de la gorge

Je déteste le sel, vous savez,
Lorsqu’il est plein de larmes

Posté par Soupirs à 18:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 mars 2008

Elle avait le soleil dans les yeux

Je crois que quelque part, nous avions toujours vécu près de la mer. Pourtant, depuis ce jour, le murmure des vagues résonne un peu plus profondément.

Je me souviens encore. Surplombant la grève, humide des flots qui s'y reposaient quelques secondes, avant de repartir, happés par la houle, nous nous perdions un peu dans les plis de l'horizon. Quelques heures passées à écouter les nuages nous gronder de leurs gouttes qui s'écrasaient puissamment sur nos os, et voilà qu'une lueur perla, à l'autre extrémité de notre plage. Légère, minuscule, entre l'écume et nos cils trempés, mais rayonnant, doucement, d'une tiédeur qui parcourait les secondes pour se poser, juste là, près de nous.

Ce fut dans le silence tourmenté de nos maux, perdus dans la contemplation sauvage des vagues, que s'ancre pour la première fois son étoile à ma mémoire. Il devait y avoir là, entre les lambeaux de pluies, un peu de sa lumière mouillée sur la jetée; et l'écho de ces jours gris la reflétait dans l'eau salée. Je crois que, nos regards noyés dans l'océan, c'est ce reflet qui frappa en premier nos sourires. Un reflet doré qui ne venait pas du ciel depuis longtemps vidé, mais d'une silhouette qui paisible s'avançait à l'orée de nos pensées.

Elle s'approchait calmement, caressant les contours de la marée qui criait juste à sa gauche, vers nous, qui n'avions pas esquissé le moindre mouvement. Je me souviens encore de cet éclair de soleil perforant l'orage. Ou peut être simplement nos coeurs. Elle avait souri, de cette joie de petite fille qui semble offrir le ciel et les étoiles, nous avait pris par la main, simplement d'un regard, délicatement orné d'une teinte de mélancolie. Ilôt de douceur lorsque déferlait la colère de la foudre à quelques secondes de là.

Je crois que ce fut à cet instant que mes yeux croisèrent les reflets des siens, pour y perdre à jamais un morceau de leurs bleus.

Je me souviens de la chanson sur ses lèvres, du tremblement de sa voix, et de ses pieds nus sur le sable.

Elle avait des vagues dans le regard, des vagues si pleines d'hier, si pleines d'hiver, que ma paume avait frissonné sous le grain de la tienne. Pourtant, l'éclat dans son sourire semblait dire qu'il lui restait des rêves pour tous les jours d'après, pour tous les lendemains, qu'il n'y aurait plus de peine, seulement des jours d'été. La mélodie de son sourire n'avait pas de mystère, elle murmurait doucement jusqu'à nos âmes étourdies. Ses cheveux portaient l'éclat majestueux du bruit des rayons du soleil et avaient éveillé des rires que nous avions oubliés. Ou peut être les dessinait-elle, du tracé de son doigt...
Nous la suivions, transportés en silence par les esquisses fantômes de ses pas sur le sol. Elle dessinait sans crainte, du bout de ses regards, des morceaux de poèmes aux allures d'un ailleurs. J'aurais donné mes jours pour entr'apercevoir les routes à l'échappée, sur lesquelles elle tissait, habile de ses rêves, ses bonheurs en bout de ficelle...

Nous continuerons toujours un peu à vivre près de la mer, je crois. Pour que ses sourires et les phares, qui se cachent au creux de ses yeux, nous restent à portée de coeur, pour que nos larmes sèchent sous son ciel d'eau clair...

Un jour, Emily, nous marcherons à tes côtés, sur la jetée, pour te murmurer 'merci' entre deux vagues.

(Claire/Yann)

Posté par Soupirs à 10:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Anatomie

Un doigt longe la côte qui pointe sur le cœur, en canal courbé. Il presse sur la poitrine, pour comprimer le pouls qui s’estompe déjà. Lentement. Une main s’appose alors, tout entière. Elle, et sa chaleur tiède.

 Les tempos s’accordent peu à peu à chaque bout de ce bras déposé sur un torse. L’index voyageur reprend calmement sa course corporelle, pour effleurer le cou et dessiner alors le pourtour des lèvres. Légère pression pour les onduler dans la pénombre des regards. Une nouvelle fois, la paume s’endort, glissant sur une joue pour y rayonner cette lueur humaine qui brûle le soleil lui-même.

 Toutes ces parcelles en îles vierges explorées de la peau, du bout des doigts, s’éclipsent chaque fois pour renaître en un frisson qui décime les lambeaux du bras, de la main, de l’index, puis respire en diapason, là où la côte indique le seul Nord qui vibre.

Posté par Soupirs à 10:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Flèche de sable

Quelques mots maladroits marchent
Près du bois des planches écorchées,
S’asseoir dans quelques phrases
Reprendre des souffles,
Loin des coins de ces déserts
Blancs.

Ils saignent leurs encres
Ruisselant entre les grains
De cette feuille sèche
Où manquaient juste

Les courants d’air

Quelques sillons de bleus
Se creusent,
Déchirures entre les dunes
Des paragraphes
Et les bords du monde bougent,
Oppressant les rigoles noircies
De ces lettres fatiguées

Un morceau de fenêtre entr’ouverte
Perle le vent
Déjà,
Les coins se sont embrassés
Pour découper la lettre
En avion de papier
S’écrasant dans la nuit,
Loin de tes yeux...

Flèche de sable
Qui ne savait pas suivre les oiseaux

Posté par Soupirs à 10:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

J'ai des envies de bout du monde

entre les volutes du train
et la nature qui sonne midi,
semer mon doute sur les passants
l'air oublié dans un café-ailleurs,
m'imaginer toutes les couleurs
et la vie comme du Prévert
allez viens serre moi la main
je ne partirai pas hier
allez viens il ne manque que toi
j'ai des envies de bout du monde

j'ai des envies de bouts du monde,
envie de les renaître dans l'ordre
de les emmêler encore, dans tes cheveux
puis de les embrasser entre nos paumes
partons avant les trains, si tu le veux
avant que leurs fumées ne se fondent
dans celles de nos cafés brûlants
Et précédons les heures, qu'elles ne nous attrapent plus.

oh, s'il te plait, murmure-moi,
voudrais-tu courir après les limites de la mer ?

s'enfuir d'entre les bras des jetées
ramasser des coquillages en forme de colliers
et que dans les pieds froids du sable
les nôtres gravent le contour du ciel
j'ai des envies de bout du monde
debout sous les hauteurs d'une église d'époque
qui te ferait cligner des yeux
et qui ferait clore les miens
pour d'autres déraisons
se faire un toit d'une canopée
y tresser les rubans du vent
s'endormir enfants contre la nuit
et se promettre la lune

emprunter la fraîcheur des étoiles
la déposer entre les perles de rosée
et basculer ensemble, sur le dos du temps
pour se retrouver face à nos rêves
le sommeil ne trouvera pas nos lèvres, ce soir,
cachées parmi les herbes tendres
et les mains s'endormiront,
mêlées aux parfums du bonheur
qui froissent les secondes
un léger frémissement pour croiser nos sourires
respirer l'air frais de ces instants qui s'écrivent
lettres après lettres
au rythme de nos pulsations
j'ai des envies de bouts du monde, tu sais,
loin du jour et près de toi

fermer les yeux pour ne plus
lâcher ta main et ne pas voir
mon air oublié dans un café-aigreur
sur le quai de la gare où je t'attends
je ne veux pas entendre la nature
qui ombrage le contour de l'horloge
où sèment nos cœurs métronomes
moi j'ai des envies de greniers du monde
où dormiraient nos berceuses nos poèmes
où toutes nos minutes seraient éternité
Yann, il ne me manque plus que toi
le train est un vieux fumeur

la vie ce n'est pas du Prévert
pourtant lorsque les bouts du monde
dégringolent les cheveux
pour se fondre en sucres
dans nos café-bonheur
la réalité n'entre plus dans nos gares.


Emily/Yann

(Merci...)

Posté par Soupirs à 10:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Il aimait la neige...

Il aimait la neige. Non pas comme l'on peut apprécier un paysage. Non. Lui, il aimait la neige comme l'on aime quelqu'un, de tout son cœur. Ses pas ne frôlaient pas les flocons sans qu'un frisson terrible ne lui embrasse l'échine, en caresse timide et ses mains nues, rougies par les yeux de l'hiver, se déposaient délicatement sur la peau blanche qui recouvrait le ventre du monde.

Combien de fois avait-il dormi dans le creux de la forêt, à sentir les baisers du ciel fondre sur ses paupières, en écoutant les nuages lui raconter la nuit ? Les cheveux toujours humides de ses étreintes brûlantes avec les cristaux éclatants comme des sourires, il marchait lentement. Ses rêves crissaient à chaque foulée, et les chemins se perdaient, habillés tous de la même blancheur. Il pouvait être heureux à tous les points cardinaux. Chaque parcelle de ce sol doucement ondulé reflétait son air d'ailleurs. Celui qui éclairait ses lèvres lorsqu'il était seul, avec la neige.

Il l'aimait, sans ne pouvoir lui murmurer.

Déjà, le matin s'éveillait et les tremblements du soleil asséchaient ses larmes mêlées de glace qui fondait. Sa neige se retirait, sur la pointe des pieds, tandis qu'il restait là, au milieu des sapins. Eux seuls pouvaient le comprendre, eux seuls pouvaient encore embrasser les flocons de leurs bras sombres aux premières heures du jour.

Il aimait la neige.

Et sa vie s'enfuyait toujours un peu, avec le soleil.

Posté par Soupirs à 09:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]